Foreign affairs

Prince Ali, oui c’est bien lui

A tout seigneur, tout honneur : le président Ali Bongo vient d’être réélu pour un mandat de 7 ans, après une campagne intense dont atteste le score serré (49,80% contre 48,23% au candidat d’opposition Jean Ping). Victoire de la démocratie gabonnaise, république non bananière, écoutons le message des urnes (le code secret pour « merci pour la planque, à dans 7 ans »), la vie semble belle à Libreville.

La Françafrique a beau être officiellement oubliée, impossible de ne pas déceler dans cette belle aventure politique quelques allusions fugaces au passif commun des deux pays.

En effet, preuve que l’influence opaque et méphitique de la France est dépassée, le bougre attaque fort dans le symbole pour fêter la page grandiose de l’histoire de son beau pays qui s’écrit à travers lui (modeste, ce garçon, ses voies sont pénétrables, à lui, pas comme l’autre). il assène donc un « Le changement c’est moi. » qui relègue nos deux plus illustres dirigeants, Louis « l’état c’est moi » XIV et François « le changement c’est maintenant » Hollande au rang de ces petites références cliquables de Wikipedia que personne ne lit. Hum ? Bon, ok. Illustres, je l’admets, ça pue un peu l’emballement médiatique. Quoique : Versailles ou Le summum de l’impopularité républicaine (on dirait du Voltaire, c’est beau en fait la médisance), vous voyez que ça reste historique. Tss, ces lecteurs de peu de foi… Ali il a bien suivi à l’école, lui : la Sorbonne, messieurs-dames, un savoir-faire inégalable. La Corée du Nord se fourvoie d’ailleurs complètement en envoyant ses futurs dirigeants dans des écoles de dictatorat privées suisses… faudra que je pense à le signaler à ce bon vieux Kim au prochain apéro.

On se souviendra aussi de son arrivée au pouvoir, grâce à une intervention particulièrement lourde de la France, dans tous les sens du terme : pas subtile, et avec beaucoup de plomb. « Aujourd’hui papa est mort », poignant hommage à Camus d’un fils qui va porter le lourd fardeau paternel et assumer son héritage. Au sens propre, cette fois, les villas en France et les billets verts, hein. Et l’électoralisme qui va avec le nom, et permet d’obtenir un score de 95% dans les environs de la douce ville de … Bongoville ? Mmh que c’est discret. Et non, on n’est pas dans la bande à Picsou, essayez de suivre un peu au fond ! En tous cas, il est fort heureux que ce score exceptionnel à Bongoville permette à monsieur Bongo (sic) de battre sur le fil son principal opposant. Ouaip. J’imagine d’ici le stagiaire à la préfecture du Haut-Ogooué qui se rend compte qu’il a besoin d’un score supérieur à 100 pour la manip’, ça aurait pu être marrant, tiens !

Et pour ceux qui hurlent déjà à la médisante calomnie, tout doux les gars, allez plutôt pourrir Charlie Hebdo, c’est à la mode et puis ils sont lus, eux. Moi, si j’étais crédible, je passerais su BFM vendrais des livres.

D’ailleurs, il ne peut pas y avoir d’erreur d’interprétation possible à ces résultats. C’est même l’Histoire qui le dit. Eh oui, quand on est les gentils, on ne met pas le feu au parlement du pays pour manifester sa déception. Parce que l’incendie du Palais Léon Mba (c’est du gabonais, ‘Léon’ veut dire ‘Bundes’ et ‘Mba’ veut dire ‘Tag’), c’est vilain, oui monsieur je n’ai pas peur des mots. Même que du coup ça conforte Ali Bongo dans sa position de sauveur de l’unité du pays, et il n’a ainsi plus qu’à appliquer la variante Erdogan et balancer tous les terroristes en taule. L’Histoire, on a dit, avec un grand H comme dans « Heil ». Ils ont dû ouvrir un module « Historiologie comparée et allume-feu dans l’Europe du XXe siècle » à la Sorbonne, je ne vois pas d’autre explication.

M’enfin toutes ces allégations restent bien fumeuses (fumée, incendie, vous l’avez ?), il faut le reconnaitre. Les médias français ont raison de focaliser leur maigre capacité d’attention sur les spéculations bien d’chez nous, à base de primaires, de trahisons et de petits mentons qui tremblotent en rythme avec l’index levé. C’est moins loin, et puis au moins on sait qui c’est .

Rendormez-vous en paix, braves gens. Fausse alerte.

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