Foreign affairs

Iran : y râlent (Pour une poignée de pétro-dollars 1/2)

« Breaking News : l’Iran, par la voix de son président Rohani, met en garde l’Arabie Saoudite à l’approche du Hajj, dans un climat de tensions politiques et relig… »

Je vous dois un aveu. Je n’arriverai pas à finir cette accroche qui suinte la neutralité de ton et le factuel journalistique. Je voulais faire sérieux, mais l’effort est inhumain, en France, on n’est pas prêts à s’y risquer… j’en ai encore des spasmes nocturnes et des envies irrépressibles de me frotter nu contre le classement de RSF pour oublier. Mon psy me garantit que je pourrai enlever l’intraveineuse de Valium quand mon rythme cardiaque redescendra à trois chiffres, et d’ici là pas question d’arrêter l’abonnement au Figaro ou aux fils AFP ou Mediapart sur Twitter, la rechute serait probablement fatale.

Parce que oui, lecteurs comblés, maintenant que l’Iran est redevenu notre presque-copain (ils ont plein de pétrole à nous vendre et le droit de le faire, et ils ne nous insultent presque plus quotidiennement), le pays est éligible, avec effet immédiat, rétroactif, et plein de guimauve arc-en-ciel, à la formule Brent ++ dans nos média favoris (les plus fayots d’entre vous m’objecteront que je ne la pratique pas, cette formule, donc contradiction : qu’ils sachent que je n’ai plus de susucre donc ça ne sert à rien de faire de la lèche éhontée et que d’ailleurs je préfère les valises de cash, mais que je ne dirai rien de plus sans la présence de mon banquier momentanément retenu au tribunal correctionnel de Paris …).

La formule Brent ++, mes tous bons ? Facile. Qu’est-ce que vous croyez qu’ils faisaient sur le Quincy, les saoudiens ? À part tamponner leur carte de fidélité avec un bouchon de baril encré pour l’occasion (des sources apocryphes mentionnent un sigmoïde et la virginité anale du président Roosevelt, d’ailleurs). Pétrodollars contre soutien politique, militaire, idéologique, et un abonnement annuel à Playboy pour le petit Abdallah qui était déjà très mature. L’Europe occidentale a bien vite accouru pour fêter ça en nettoyant les enjoliveurs de la Rolls de l’Emir à grands coups de langues affectueux et jappements empressés. C’est fou ce qu’il peut y avoir comme poussière dans le désert…

And that, kids, is how I met your uncle Salmane. Ouaip, le Salmane de l’Arabie Saoudite qui gère le groupe consultatif du Conseil des Droits de l’Homme à l’ONU, et qui décapite tous les ans une petite centaine de personnes pour vérifier qu’il a bien tout compris ce qu’il faut combattre. Celui qui est assez pote avec nous pour, en sus d’une belle petite protection policière qui aurait fait fureur sur le boulevard Voltaire, dicter ses ordres à la (protection) policière en question. Moi maintenant je veux un puits de pétrole pour Noël, y’a pas mieux comme doigt d’honneur à brandir à la face du monde. Pour faire bref : les Valeurs Occidentales® sont solubles dans les pétrodollars.

Et donc, disais-je avant de m’interrompre dans un élan d’impolitesse crasse, l’Iran a récemment fini par acquérir le droit de faire tout pareil. Oh bien sûr rien n’a vraiment changé depuis que la SPA a recueilli le Shah abandonné comme tant d’autres lors d’un hiver 1979 particulièrement rude en Iran. Les Gardiens de la Révolution Islamique, dévoués au leader suprême Khamenei, tiennent le pays d’une main de fer dans un gant de plutonium enrichi à usage militaire civil. Ce bon vieux Ali reste le garant de la bonne marche du pays (comprendre : « le président Rohani a besoin de son accord pour racheter du PQ, des fois que le triple épaisseur serait trop impérialiste »). Et par voie de conséquence, l’Iran reste le phare du monde Chiite. Rien n’a donc changé en Iran, mais les saoudiens font les cons avec le rapport qualité/prix du pétrole sans discuter avec les partenaires sociaux. La campagne virale de l’UICVMAO-Que Choisir (Union Islamique des Consommateurs Vertueux Même que l’Ayatollah il a dit Oui) a fait précipiter quelques cristaux de VO®, ce qui a fatalement permis à l’Iran de les dissoudre dans ses propres pétrodollars. Le secrétaire d’État John Kerry déclarera même, au sortir d’une réunion historique actant la fin de l’embargo occidental contre l’Iran : « On a eu de la chance, parce qu’on avait gardé le pantalon baissé jusqu’aux chevilles depuis 1945 et la situation était bloquée jusqu’à présent. Mais comme les saoudiens ont regardé ailleurs quelques instants, on a pu le remonter discrètement, ce qui nous a permis de le baisser à nouveau devant l’Iran. Oui, même mes descendants sur trois générations ne pourront plus jamais s’asseoir, mais le monde libre est riche sauvé. »

Ce qui nous ramène à la phrase d’accroche que je tentais désespérément d’oublier il y a quelques paragraphes : les iraniens ont leur carte Brent ++ et ont donc le droit d’ouvrir leur gueule sans qu’on rappelle systématiquement que ce sont des tyrans intégristes et rétrogrades. Les saoudiens ont leur carte Brent ++ et ont donc le droit de décapiter joyeusement des « terroristes » sans qu’on rappelle que leur religion d’état ferait passer les salafistes pour des hippies échangistes fumeurs de crack. Les deux pays apprécieraient grandement de pouvoir regarder les infidèles d’en face nager la brasse dans une piscine de verre pilé, et se le font savoir. Ces deux pays que tout oppose vont devoir cohabiter pendant quelques jours dans la paix et pour la gloire d’Allah.

What could possibly go wrong ?

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