Chez nous !

Extension du domaine de la bonne soupe

On sait not’ bon président féru de culture. Dévoué à cette cause, même, n’hésitant pas à offrir son corps et jusqu’à sa dignité d’homme d’état à l’un des avatars de ce dieu esthétiforme. Quoique pour la dignité, il se murmure qu’il n’aurait pas trop voulu, en fait, mais baste. Reprenons : […] n’hésitant pas à offrir son corps puis engueuler Closer une fois le pantalon remonté et les bretelles remises en place (je vous laisse choisir l’image mentale que ça vous évoque : François qui remonte les bretelles de sa salopette fermière grand cru 1928, ou Julie qui enfile délicatement sa brassière ; effacez juste l’historique après, petits galopins). La culture, donc.

On sait aussi not’ bon président pétri d’humanité : en tant qu’homme politique, socialiste de surcroit, nous parlons bien d’un homme de valeur valeurs. Port altier, jarret frétillant, muscles bandés, ses convictions sont d’acier (Duke Nukem prononce ça à la catalane : « Valls of steel ») et sa volonté turgescente ; visionnaire, il pose un regard empli de compassion sur les turpitudes de son temps à mesure qu’il écrit l’Histoire à chaque palpitation de son cœur d’humaniste invétéré. Pas comme ces salauds de droite, incapables de la moindre objectivité et cantonnés aux discours populistes et réducteurs. Eux sèment le germe de la discorde sociétale dans les sillons putrides de la fielleuse pensée extrême au lieu de verser héroïquement le sang du communautarisme sur l’autel du vivresemble. Culture ET poésie, donc.

« La biographie d’un socialiste, ça s’appelle un livre d’histoire. »

J.C. Cambadélis, expert en objectivité

Maintenant, me direz-vous, et vous n’aurez pour une fois pas tort de m’interrompre (n’en faites pas une habitude non plus, hein, je surveille), à quoi sert donc cette analyse dont le lyrisme surjoué le dispute à la subjectivité béate ?

Facile : Hollande, c’est plein de bons sentiments socialisants (amitié sélective, fidélité sélective, discrétion sélective) pour les copains, et un peu de culture en paillettes légères et qui brillent pour occuper le bas peuple. D’où le léger détournement du magnifique ouvrage de Houellebecq, que je n’ai pas lu vous êtes priés de rester polis, auquel je fais de la pub parce que le titre est propice aux jeux de mots navrants. La cantine de l’Elysée sert de la bonne soupe chaude, ça serait idiot de la garder pour soi.

En premier lieu, évoquons le spectacle le plus divertissant du quinquennat, dont je pleure amèrement la fin récente : la présence du jeune padawan Anakin Macron au sein du Conseil Jedi. Anakin était l’élu, celui qui devait ramener l’équilibre dans la force politique française. Ni droite ni gauche véritables, unies dans une vision triomphale de prospérité pour la France le monde la Galaxie toute entière. Résumé du feuilleton :


-Vous vouliez me voir, Grand Maître Flamby ?

-Ah, jeune Anakin, je t’attendais, assieds-toi. Comme tu le sais, ton Maître n’est guère apprécié au sein du Conseil, nous n’aimons pas sa manière de servir la Force. Cependant, je vois en toi l’Elu de la prophétie. Je viens donc de te nommer au Conseil, le Côté Lumineux a besoin de toutes ses forces. Voilà le texte de la Prophétie, si tu souhaites méditer sur ton nouveau rôle dans les affaires de l’Ordre.

-C’est un grand honneur, Grand Maître Flamby. Je saurai m’en montrer digne et … Mais ? … je crains que vous ne vous soyez trompé de document, Grand Maître. Le Règlement des parcs et jardins de Châtillon en Vendelais? Que vient-il faire

-Tututut on s’emballe pas, ici le boss c’est moi, les mioches comme toi ils la ferment et baissent les yeux. On t’a à l’œil, si tu fais la moindre vague ou arrêtes de lécher mes pompes tu te prends Manuel Fett dans la gueule, et les mandaloriens tu veux pas les embêter. Maintenant vas jouer au sable, je te siffle si j’ai besoin de ta tronche de premier de la classe sur une photo. Allez oust.

-Mais enfin je ne comprends pas, le reste du Conseil se voit confier des missions et

-Tu veux parler de Maître Flageolet et Maître Vesse ? S’ils ont le droit c’est parce qu’ils maîtrisent parfaitement notre propagande à base de brassage d’air chaud, c’est tout. Ils vont tous les week-ends danser à La Vibrolame en Folie , la boîte gay branchée de Corellia, pour distraire le peuple. En plus c’est cool, j’assiste aux répétitions tous les mercredis matins. Allez, barre-toi maintenant.


 

Bon, je reconnais que cet exemple n’est pas forcément le plus représentatif qui soit, notamment parce que tout s’est fait en plein jour (le politicien craint le soleil, qui pénètre rarement les salons feutrés où il préside aux destinées du monde), et qu’en plus ça s’est mal terminé. La plupart du temps, les tractations se font sous un voile pudique, entre bons copains de toujours. Le concept est facile : celui qui réussit, il trouve un moyen discret de nommer un vieux pote de bistrot, le beau-frère entrepreneur, une camarade d’école, etc, à des postes avantageux. Officiellement : la politique est une grande famille dont les membres partagent les mêmes valeurs, ce sont donc les compétences qui priment. Officieusement, l’ascenseur qui sert à tous ces renvois fonctionne en continu, à un rythme tel qu’en 2008 Sarkozy avait dû piquer les circuits de refroidissement du CERN pour ne pas l’achever trop  vite ; une rumeur persistante prétend que Ségolène Royal espère mettre à profit une partie de l’énergie propre et apparemment inifinie qu’il génère, seul moyen connu de tenir les objectifs de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (figurez-vous que c’est le vrai nom, je n’ai même pas eu à rajouter des mots au hasard pour faire semblant, c’est très grossier comme façons de faire…).

Pour le coup du vieux pote, je développe un petit exemple frappant, bien qu’il sente un mélange tenace d’urine et de naphtaline : Jean-Pierre Chevènement prendra bientôt la direction de la Fondation pour l’Islam de France, qui – Ah, attendez, un appel. Allo ? […] Lui-même, oui. […] La Halde, vous dites ? Mais cette fois je n’ai pas… […] Ah. Ah merde, oui, je comprends. Très bien, je corrige. […] – Reprenons : apparemment j’ai écrit les mots voile et islam à moins de 3 paragraphes d’écart et la Halde va porter plainte pour apologie d’un truc en –isme que je n’ai pas trop compris. Faut les comprendre, ils ont un budget à trouver, les pauvres. Dans le cas de ce bon vieux Jean-Pierre, de toutes façons, point de voile mais plutôt une grosse couverture pudique, épaisse comme celles fournies à l’entrée de la Villa des Joyeux Chrysanthèmes pour les seniors. On choisit donc un type qui était déjà vieux sous Mitterrand et a fait un AVC depuis pour gérer une fondation abordant une des thématiques de société les plus crispées du siècle. Moi j’aime beaucoup mais surtout parce qu’on peut se moquer, faut dire que ça picote un peu l’arrière-train quand on nous vend un messie qui explique sans honte que comme il a vaguement entendu parler de l’islam il y a un demi-siècle, c’est bon il gère. Twitter a trouvé plus de blagues que moi pour illustrer ce foutage de gueule, je vous laisse feuilleter. Cet article est déjà trop long, de toutes façons…

Il me reste en effet à conclure sur une confiserie de choix, digne de la grande magouille cuisine à la française : la gestion de la Culture. Quand on est un fayot d’humeur lyrique, on parle même d’Exception Culturelle Française avec une emphase qui remplit la bouche et nourrit son homme. Là où j’aime mon époque, c’est qu’elle permet l’exposition de ce genre de voile moins pudique et fort divertissant.

Un gâteau qui représente le même budget que la Justice (9 petits milliards chacun, on a bien dit qu’il nourrit , le gâteau), et en augmentation s’il-vous-plait. Par contre, j’espère qu’on les trouvera, les sousous pour construire les prisons promises depuis vingt ans, c’est quand même dommage qu’on n’en ait plus du tout, hein, rolala. Mmh ? Comment ? 15 millions pour lancer une chaîne d’info qui va tenter de grapiller des parts aux 4% tout compris de BFM et iTélé ? Quand tu veux, il me reste un fond de soupe, tu as même quelques croûtons pour payer 500 briques un logo moche fait sous Paint.

La partie moins pudique promise un paragraphe plus haut tient bien évidemment de la rumeur, aucun medium sérieux ne s’abaissant à relayer ce genre de fange. Ce qui est bien dommage, il ne me reste plus que Closer à vous proposer pour finir sur la note grivoise en question. Bref : d’aucuns attribuent l’éjection sommaire de Fleur Pellerin du ministère à l’amitié de sa remplaçante, Audrey Azoulay, avec une Julie Gayet qui tient souvent l’oreille du président et parfois le reste. Voilà voilà. Les media sérieux s’étendent à longueur de journal sur le FN, sinon. C’est répétitif, et beaucoup moins drôle. Ne me remerciez pas.

Et du coup personne ne mentionne qu’on a en parallèle : une belle grosse vague de subventions à la presse et la création d’une chaîne d’infos officielle financées par le gouvernement en place, et l’arrivée d’élections où le gouvernement en question participera. Moi ça me va, j’aurai encore des choses à raconter sur la « neutralité » de la presse dans un Pays des Droits de l’Homme ©®™ classé 45e dans le domaine.

D’ici là, y’aura bien le temps de continuer la sieste…

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